De la dictature à la démocratie

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Et si un livre changeait le monde aujourd'hui ?

C'est la question que l'on peut se poser si l'on regarde l'actualité récente.

Gen Sharp à travaillé à Harvard pendant trente ans avant de créer sa Fondation Albert Einstein. Dans son ouvrage, Gen Sharp propose une méthode pour la résistance non violente au pouvoir injuste...

Lien vers le livre "De la dictature à la démocratie" de Gene Sharp, version en français, pdf

Après Sun Tzu "L'art de la Guerre",  les Business Schools, vont-elles proposer l'analyse et l'adaptation de ce livre dans le cadre de la stratégie d'entreprise ?

De la guerre à la résistance dans l'entreprise certainement pas, mais plus surement, comment faire changer les comportements ? A méditer...

 

Source France Culture :   

Connaissez-vous Gene Sharp ? Moi, j’ignorais jusqu’à son existence pas plus tard qu’hier avant qu’une main bien intentionnée me tende un article sur le bonhomme, un article tiré du New York Times, repris par le Courrier International.

Oui, un article sur le bonhomme, et sans jeu de mots, sur le bon homme. Car voilà ce qui ressort du portrait. Gene Sharp est une espèce de grand-père américain que l’on peut classer, allez avec Stéphane Hessel et Edgar Morin dont il partage l’âge, dans la catégorie des vieux maîtres de vie. 

Il habite Boston et cultive ses orchidées. Parfaitement inoffensif. Il paraît même qu’il ne sait pas se servir d’internet.

Et pourtant, et pourtant ces idées se disséminent sur la Toile à la vitesse de l’éclair. Ou non, pas à la vitesse de l’éclair car ça, c’est donné à tout le monde, non à la vitesse des révolutions et des destitutions. Il paraît que l’on aurait vu son ombre derrière la chute de Milosevic en l’an 2000, que la Birmanie l’accuse d’avoir fomenté des manifestations hostiles à la junte, et que l’Iran a juré que c’était un agent de la CIA…Evidemment comme on ne prête qu’aux riches, on l’aperçoit aussi derrière les révolutions de Tunisie et d’Egypte.

Ca fait beaucoup pour un seul homme, mais, comme on le sait, les idées soulèvent le monde et les siennes des révoltes. Car non, ce gentil grand-père n’est pas James Bond, mais en revanche il est l’auteur d’une œuvre tout entière consacrée à la révolution dans la non-violence.

Une œuvre qui, par un de ces hasards inexpliqués, est devenue une bible pour les opposants du monde entier. Imaginez-vous un petit manuel du parfait gentil révolutionnaire téléchargeable sur internet en 24 langues, et vous aurez une idée des 93 pages réunies sous le titre De la dictature à la démocratie

Alors de quoi ce vieux bon homme Gene Sharp parvient-il à convaincre ses lecteurs ? Qu’il existe une méthode pour la résistance non violente au pouvoir injuste.

Attention : ne pas prendre ce disciple de Gandhi pour un gentil allumé. Ses écrits sont tout ce qu’il y a de plus sérieux, il a travaillé à Harvard pendant trente ans avant de créer sa Fondation Albert Einstein.

Il a développé dans ses livres l’idée qu’aucun pouvoir n’est monolithique, que ce n’est qu’une fiction à laquelle on veut bien croire, cette idée qu’un seul homme, ou qu’un seule catégorie d’hommes, exercerait le pouvoir sur tous les autres. Gene Sharp est assez proche de La Béotie quand il rappelle qu’un despote ne peut prétendre avoir le pouvoir que tant que ses sujets veulent bien lui obéir. Il suffit de garder à l’esprit qu’il ne règne que parce que l’on accepte le joug…pour reprendre finalement prise sur le cours des choses. 

Mais ce ne sont pas tant ses écrits théoriques que son court manuel De la dictature à la démocratie ( dont je parlais tout à l’heure) qui lui vaut sa popularité dans le monde entier. Je suis bien sûr allée jeter un œil sur la petite centaine de pages. Le doux idéaliste que je m’imaginais s’est révélé un redoutable penseur de la subversion. On comprend mieux à la lecture son surnom de « Clausewitz de la guerre non-violente ». Lui qui dit s’être intéressé à Gandhi non pas pour sa sagesse, mais pour sa vision de stratège.

Le tout nous paraît évidemment diablement « à l’anglo-saxonne », un mélange de bon sens et de pragmatisme qui parfois frôle la candeur. Mais il ne faut pas se moquer de l’ingénuité quand elle produit des révolutionnaires… 

Tout consiste à diffuser l’idée que rares sont les pouvoirs qui résistent à la défiance de leur peuple. Il faut donc faire naître et canaliser un esprit de résistance passive. Et s’il faut rejeter la violence ce n’est pas pour des raisons morales, mais des raisons purement tactiques. La violence incite les dictateurs à la répression.

Et c’est une erreur de croire que la seule expression possible ou souhaitable de la défiance serait la manifestation de masse ou la grève. Sharp multiplie les exemples. Un appendice de son livre en liste 198 : du déshabillage en public au boycott social, du sit-in au sabotage…vous avez tout le répertoire de l’action non-violente passé en revue. 

Ce qui ne manque pas de saveur, c’est l’histoire de la naissance de ce texte.  C’est un exilé birman qui contacte Gene Sharp au début des années 1990 pour avoir des conseils sur comment renverser la junte militaire. Mais voilà : de son preuve aveu, Gene Sharp ne connaît rien à la société birmane, or pour échafauder une action non-violente de grande ampleur, il faut avoir une idée précise de l’état de la situation. « Mais, dit-il, je ne pouvais pas écrire ça…donc, j’ai écrit un livre générique sur la base de l’étude des dictatures et de l’expérience des dernières décennies. » 

Et c’est ainsi que ce petit manuel fut lu, et relu, au moment des révolutions de couleur à l’Est et le fut encore récemment dans le monde arabe.

Un journaliste américain qui prépare un film sur notre révolutionnaire en chambre affirme être tombé place Tahir au Caire sur des extraits photocopiés du Gene Sharp traduit en arabe. Et un des leaders du mouvement a avoué qu’ils avaient bien utilisé ses écrits notamment les pages concernant la détection des points faibles. Sharp les a aidés à comprendre que l’armée était le talon d’Achille de Moubarak, une fois celle-ci retournée, tout était joué ! Ou presque…

Il y a un dernier chapitre au manuel de Sharp : comment maintenir un régime de liberté : à potasser, bien sûr, dès maintenant…

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